RENCONTRE AVEC CINDY (PARTIE 2)

Nous retrouvons Cindy pour la seconde partie de son témoignage.

Cette fois-ci elle se confis à nous dans sa perception des choses en tant que métisse en Afrique mais aussi en Europe. Elle relate avec beaucoup d’estime ses deux cultures française et ivoirienne que ces deux parents n’ont pas manqués de lui inculper.

En effet, Cindy connait parfaitement sa double culture puisque ses parents ont fait le travail nécessaire pour qu’elle puisse aller au-delà de son métissage.

Beaucoup croient toujours qu’être métis est la chose la plus « fun » qui puisse exister au monde. Des hommes et des femmes se mettent volontairement en couple avec une certaine catégorie de personne afin d’avoir des enfants  » métis « ,  » clairs « ,  » beaux  »  car pour eux c’est  » l’ascension sociale « .

Ou alors, nous avons aussi de ces personnes qui veulent  » trainer « , rester ou se faire un cercle qu’avec des personnes en-dehors de leur communauté car il semblerait qu’ils aient honte des membres de leur propre communauté.

Exemple : Une personne noire qui dit vouloir que des amis blancs ou un conjoint blanc car c’est mieux vu dans la société…

Cette façon d’agir ou de penser étaient deux choses très courante durant l’esclavage et même après l’esclavage à différents endroits dans le monde. Aujourd’hui encore, malheureusement beaucoup pensent et veulent « se métisser » pour plusieurs raisons…

Mais quand est-il de ces couples mixtes noirs-blancs qui se mettent en couple réellement par amour ? et quand est-il de ces enfants qui naissent de ces couples ? La culture, l’héritage et les fondements familiaux ont-ils plus de place que le regard des autres ou de la société ?

Qu’est-ce que c’est d’être métisse en Afrique ?

Etre métis en Afrique de l’ouest se résume à être « privilégié » et « supérieur » par rapport aux 100% noirs qui eux même acceptent cette idée. L’origine remonte à l’esclavage ou les métis avaient quelques privilèges comparés aux noirs. Du coup inconsciemment, ce schéma de pensé, qui dit que le métis est supérieur aux noirs est resté ancré et s’est transmis de génération en génération en Afrique ou dans la Caraïbe par exemple. Les séquelles de l’esclavage sont malheureusement encore trop présentes en Afrique. Dans les publicités de produits cosmétiques ou même dans tout autres publicités on verra essentiellement des femmes claires de peaux ou métisses. La femme métisse est aussi considérée comme « la plus belle des femmes » « l’idéal de beauté » à atteindre. Ce qui fait que la dépigmentation sévit FORT en Afrique noire et est devenue un gros business pour les entreprises locales, ou même internationales. Vous savez nous vivons dans une société capitaliste où l’on préfère tuer à petit feu les gens pour se faire du profit. Je trouve ça vraiment dommage et triste car il n’y a plus d’humanité.

Cette idolâtrie abusive du « blanc » a fait que certains métis ont développés un complexe de supériorité et adoptent un comportement très hautain, dédaigneux et condescendant envers la population locale. C’est dommage car ça entache l’image des autres métis qui eux ne sont pas du tout ainsi et ont des valeurs humaines. Je me rappelle d’ailleurs d’une phrase que l’on me dit encore jusqu’à présent aujourd’hui quand je parle avec des Africains pour la première fois : « Mais toi tu es trop cool et simple, tu n’es pas comme les autres femmes métisses qui s’y croient trop, et se sentent supérieures. ». Il s’agit bien évidemment d’un « compliment », mais je trouve dommage que je sois jugée encore une fois « à ma couleur de peau » plutôt qu’à la personne que je suis, et c’est basé sur des clichés qui ne nous rendent pas la vie facile. Je pense que quand les populations noires-africaines, arrêteront de voir l’homme blanc comme un être « supérieur », les choses évolueront réellement et cela dans tous les domaines. J’ai bon espoir car les mentalités sont déjà en train de changer grâce à des initiatives telles que Naïra Culture par exemple.

J’aimerais aussi partager avec vous un moment de ma vie qui m’a beaucoup marqué et qui selon moi illustre le pouvoir de la politique en terme de manipulation de la race humaine et sur leur cohabitation. Lors des crises politiques ivoiriennes, il n’était pas bien d’être blanc, enfant d’un blanc ou compagne d’un blanc…

Puisque je suis métisse et que mon père est blanc, j’étais ainsi considérée de blanche. Et quand il y avaient les tensions politiques entre la France et la Cote-D’ivoire en novembre 2004, ils avaient décidés de piller toutes les maisons des blancs…

J’étais complètement la cible de ces pilleurs pour avoir eu le malheur d’être la fille d’un blanc. C’était une période très difficile et c’est la première fois de ma vie ou j’ai pensé que j’allais mourrir, qu’on allait me tuer… Je me revois encore dans le lit avec mon petit frère toute angoissée… ils ont sonnés plusieurs fois a la porte de chez nous et ma mère nous cachait dès qu’on les entendait sonner…  Mais Dieu faisant grâce  tout notre quartier a été pillé, car il s’agissait d’un quartier « de blanc » SAUF notre maison. Nous étions la seule maison épargnée… et je peux vous assurer que lorsque ces assoiffés de haine parvenaient a entrer chez vous ce n’était pas jolie …

Ma mère qui avait peur pour nous ces enfants, mais aussi pour sa vie, avait enlevé et caché toutes les photos de nous et de mon père et tout autres indices qui laisseraient croire qu’elle était mariée à un blanc si jamais ils étaient parvenus a entrer dans la maison. Mon père était bloqué au Sénégal pendant cette crise, je me rappel que son avion devait atterrir sur Abidjan la soirée ou les pillages ont commencés, mais ils ont fait demi tour dans les airs après avoir appris la nouvelle. Ça été les pires jours de sa vie car il y avait sa femme et ses 4 enfants (à l’époque) sur Abidjan et il a cru perdre les personnes qui lui sont le plus cher en une semaine. Il nous appelait chaque 5 minutes angoissé comme jamais.

Je n’oublierais jamais cette période, elle a duré une semaine, mais j’avais l’impression qu’elle allait durer une éternité. Une semaine dans ces conditions c’est LONG ! Autant vous dire que j’ai compris ce que vivaient les pays en Guerre … et je ne le souhaite à personne…
Cela à été un moment très traumatisant. Reprendre le cour normal de la vie après cette période n’a pas été évident. Nous nous sommes réfugiés au Ghana, le pays voisin, le temps que les tensions se calment et nous sommes revenus 1 an et demi plus tard.  Cet événement douloureux à fait de moi celle que je suis aujourd’hui et a forgé ma personnalité. Amoureuse de mon pays malgré tout, j’ai pardonné ces actes de barbarie et cette histoire aujourd’hui est derrière moi. Cela n’a pas été facile au début car on avait beaucoup de haine en nous. Je me rappelle avoir penser : Comment peut on me chasser et vouloir ma mort dans mon propre pays ?

Comment as-tu vécu ton métissage et ta double culture ?

J’ai toujours assumé ma double culture. Malgré tout ce qui se dit sur les métis mulâtres c’est-à-dire issus d’un parent blanc et noir. Je suis très fière d’être issue de ce métissage. Il me permet d’avoir un regard différent sur le monde, de connaître autant la société Occidentale que Africaine. J’ai eu la chance de vivre dans les deux continents, ce qui n’est pas le cas de beaucoup de métis qui se considèrent finalement blanc ou noir, parce qu’ils ne connaissent pas suffisamment ou pas du tout, une partie qui pourtant définit leur identité, ou tout simplement à cause de la pression de la société qui nous demande de choisir un « camp », ils ont fini par choisir le leur. Pour ma part, je n’ai jamais cherché à choisir mon camp, car cela reviendrait à choisir entre mon père et ma mère.  Je suis comme ça et c’est tout, que l’on me prenne tel quel.

Je pense aussi, que se revendiquer métis ne se limite finalement pas qu’à une couleur de peau, origine ou nationalité, mais au final aux différentes cultures, expériences du monde qui nous définissent. Ainsi un noir ou un blanc de peau peut être métis.  Pour finir je dirais qu’avoir une double culture c’est très enrichissant car je m’adapte partout, quand je suis avec des Africains j’ai inconsciemment une personnalité plus « africaine », quand je suis avec des occidentaux «  plus européenne  ». Je mange aussi bien mon foie gras et magret de canard dans un restaurant 3 étoiles avec tous les couverts qui vont avec, que dans un maquis ivoirien en train de chicoter mon garba (plat ivoirien) à la main (rire). Ce sont les joies du métissage !

Quelle est l’histoire familiale, le fondement de t’as famille ? 

Mes origines profondes : Je suis Franco-Ivoirienne. Française par mon père. Du côté de mon grand-père paternel BABIN, ma famille était installée en Gironde dans le sud-ouest. Mon arrière-grand-père paternel s’occupait du château de Terssac prêt de Marmande, ville où mon père est né et a grandi. C’est dans cette ville aussi que j’ai passé la plupart de mes vacances scolaires estivales pendant mon enfance lorsque je rentrais en France avant qu’on déménage sur Bordeaux, qui se trouve à 80km de Marmande. C’est une toute petite ville, ma grand-mère y vivait mais aussi les frères de mon père vivant dans les villes aux alentours de Marmande. C’était donc l’occasion d’être proche de toute ma famille paternelle, ainsi que de passer de bons moments ensemble. Mon père a toujours été très famille. C’est aussi à dans cette ville que j’ai réalisé ma première année scolaire en France. Année que j’ai très mal vécu à l’âge de 8 ans. C’est une petite ville, et ils n’ont pas l’habitude de voir des noirs et des métisses. Du coup on a vécu le racisme direct ma mère, mon frère et moi.

 

Cindy et son papa Patrick

Marmande, la ville ou le père de Cindy à grandi mais aussi le lieu ou elle venait passer ses vacances jusqu’a l’âge de 13 ans. A partir de l’âge de 14 ans jusqu’a l’âge de 16 ans, elle passe ses étés à Bordeaux.

 

Mon arrière-grand-mère portant le nom de LAFAYE était originaire de Monségur en Gironde, et c’est dans cette ville que ma Grand-mère paternel est née, mais a grandi à Duras dans le nord du Lot et Garonne. Elle avait de la famille à Bergerac en Dordogne, à quelques dizaines de kilomètres de Duras. D’ailleurs c’est en Dordogne et gironde qu’il y a le plus de LAFAYE en France. D’après les souvenirs de mon père, mon arrière-grand-mère ne parlait pas bien le Français et mélangeais avec le Patois. En résumé mes ancêtres sont originaires de la région que l’on appelle aujourd’hui la GUYENNE ET GASCOGNE. C’est la région du Sud-ouest de la France entre l’atlantique et la Garonne. C’est une région assez agricole et viticole et le mode de vie est donc différent des grandes villes. En revanche sa gastronomie est réputée dans le monde entier et Bordeaux qui est situé à la frontière nord de la Gascogne est réputé pour son vin également connut internationalement.

Bordeaux, la ville qui à vu grandir Cindy à partir de l’âge de 16 ans (jusqu’a l’âge de 20 ans) lorsqu’elle quitte définitivement la Cote-D’ivoire pour la première fois, afin de continuer ses études.

Enfin du côté de mon père, mes deux arrière-grand-pères ont participé à la première guerre mondiale. L’un (Babin) a fait le chemin des dames à Verdun et l’autre (Lafaye) aux détroits des Dardanelles entre la Turquie et la Grèce. Quand à mon grand-père paternel, lui a participé à la deuxième guerre mondiale, et après un an de guerre a été prisonnier pendant 5 ans en Prusse orientale.

Ivoirienne, du côté de ma mère, d’ethnie Baoulé par sa mère, mon village s’appelle Botro, c’est un petit village proche de Bouaké situé au centre du pays. Les baoulés représentent environ 23% de la population de la Côte-d’Ivoire, ce qui fait du baoulé la première ethnie du pays. Nous avons énormément d’ethnies en Côte-d’Ivoire, environ une soixantaine, c’est pour cela que la langue nationale est le Français car même si le baoulé est la première ethnie du pays, ils ne sont pas assez majoritaires pour imposer le baoulé comme langue nationale. Sur les marchés, la langue parlée est le Français par exemple. Les baoulés font partie du groupe Akan qui est un groupe ethnique de Cote-D’ivoire originaire du Ghana (Pays voisin).

Pour la petite histoire : Le nom « Baoulé » à prononcer « Ba ou li », vient du sacrifice de la reine Abla Pokou, fondatrice du peuple baoulé qui a dû sacrifier son unique fils (qui était un génie) aux hippopotames afin de passer un fleuve lors de la traversé du Ghana en Côte d’Ivoire, pour fuir son royaume, ou le peuple Ashanti (les saoulé descendent des Ashanti du Ghana) était menacé après l’attaque d’ennemis. (Vous pouvez retrouver l’histoire du peuple baoulé et l’origine de ce sacrifice humain en faisant des recherches sur internet. Je vous joins ce lien : http://afrikhepri.org/la-reine-pokou-fondatrice-du-peuple-baoule/

En 2013 sort le film d’animation ivoirien, Pokou Princesse Ashanti. Ce film retrace l’histoire de cette princesse qui à donc construit le peuple Baoulé en Cote-D’ivoire.

Je vous encourage vivement à découvrir cette belle et triste histoire à la fois.

Ainsi « Baoulé » signifie « l’enfant est mort » Ce nom a été attribué à cette ethnie en rappel de ce sacrifice par une femme pour sauver tout un peuple. Ce que j’apprécie dans l’histoire de mon ethnie c’est quel met en avant la place de la femme en Afrique qui souvent, vue de l’extérieur est mal perçu par le reste du monde, avec des clichés du genre, que les femmes n’ont pas le droit à la parole etc. Bien sûr que ça existe, mais pas partout et ça fait plaisir de voir que des femmes sont à l’origine de certains peuples.

Cindy accompagnée de sa maman Rachel et de sa petite soeur Kelly

Une autre caractéristique propre à la communauté baoulé, ils ont un système matriarcal, ainsi, ma mère porte le nom de famille de sa mère et non de son père. Elle s’appelle Kouadio et son prénom baoulé est Akissi qui est le prénom féminin que l’on donne aux enfants née le lundi chez les baoulé. Du fait que ce soit très matriarcale, ma mère a pratiquement vécu et été élevée que par sa mère et sa grand-mère et a donc essentiellement que sa culture Baoulé en elle. Elle parle et comprend le baoulé, elle a vécu au village a Botro, puis ensuite à Aboisso (ville Agni, autre ethnie du peuple Akan). En revanche, elle ne connaît que très peu sa culture malinké n’ayant pas grandi avec son père ni baigné dans cet environnement. Mais de nos jours, beaucoup de baoulé ont laissé tomber cette pratique Matriarcale car ils la trouvent dépassée et préfère garder le système patriarcal.

Mon grand-père maternel était lui Malinké, issue de l’empire mandingue. Il était originaire de la ville de Séguéla, dans la région du woroba localisé au nord-ouest du pays. Il portait le nom de Soumahoro dont l’origine vient de leur passé de guerriers, féticheurs, ou de marabout et se sont vu attribuer les rôles d’ambassadeurs et de médiateurs. La langue parlée est le malinké.

La particularité de ce peuple est que ce sont des commerçants on les appelle les « Dioulas »

En définitive, je représente vraiment le métissage, de par mes origines et mon vécu (pays ou j’ai résidé) et j’en suis fière, c’est une grande richesse !

Tes parents ont-ils fait face aux défis/discriminations auxquels sont confrontés les couples mixtes et en particulier les couples noirs/blancs. D’autant plus que tu as grandi principalement en Afrique et non en Europe. Comment était perçu le couple de tes parents et votre vie de famille selon toi ?

Mes parents se sont rencontrés en Côte-d’Ivoire à Abidjan en 1990. Mon père s’est installé à Abidjan cette année-là. Il développait le secteur du marquage industriel qui était très peu développé à l’époque. Il proposait aux clients des appareils mécaniques au début puis la technologie à jet d’encre s’est développée.

Je pense que mes parents ont fait face à ses clichés au début de leur relation comme tout couple « mixte », surtout qu’ils ont une différence d’âge considérable. Alors imaginez un blanc Français avec une noire plutôt jeune, tous les clichés qu’ils ont pu subir… Mais de mes souvenirs cela ne les a pas affecté plus que ça. Ils en parlent pas trop et je pense que leur amour était plus fort que ses préjugés et tant mieux.

Quelles sont les différences que tu peux constater entre l’Afrique et l’Europe ?

La plus grosse différence est le côté chaleureux de l’Afrique que l’on ne retrouve pas du tout en occident. Ce sont deux sociétés totalement opposées. En Occident c’est chacun pour soi, Dieu pour tous. C’est très individualiste. Un simple exemple quand je suis arrivée en France, j’étais choquée que les gens ne saluaient pas dans les magasins par exemple. En Afrique le respect est très important. En parlant de respect, on appelle toute les personnes plus âgées que soi : « tata ou tonton », qu’on soit de la même famille ou non. En Europe cela est perçu comme de l’impolitesse d’appeler une grande personne ainsi. Seulement que tes « réels » oncle et tante l’acceptent, ceux pour qui la génétique vous lie. Il en est de même pour « la vieille », ici appeler une vieille dame ainsi est très impoli alors qu’en Afrique c’est un grand signe de respect. Il n’y a pas de maison de retraite non plus, quand les parents sont vieux, ils viennent vivre avec leurs enfants. Il y a toujours du monde pour s’en occuper, c’est convivial. Il faut aussi noter que l’on peut très bien vivre en Afrique en ayant des aide-ménagères à plein temps. Cela ne coûte pas aussi cher qu’en France. Une personne de classe moyenne peut se le permettre, ce qui n’est pas le cas en Europe. En définitive si vous avez les moyens, vous pouvez très bien vivre en Afrique et beaucoup mieux qu’en occident, contrairement aux idées reçues. Pour se rendre chez les uns, les autres, pas besoin de prendre un RDV on y va à l’improviste et on est bien reçu et avec joie. L’Afrique a ses défauts mais le côté respect de son aîné et la chaleur humaine sont présents et qu’est-ce que ça fait du bien ! C’est d’ailleurs ce qui me manque le plus quand je suis en occident.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR OXYBEL ANDIE

RENDEZ-VOUS LA SEMAINE PROCHAINE POUR LA TROISIÈME PARTIE

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