RENCONTRE AVEC CINDY (PARTIE 1)

Cindy Babin est une jeune mannequin de 24 ans qui tente actuellement sa chance à New-York.

Née et ayant grandi à Abidjan (Côte-d’Ivoire), elle quitte à l’âge de 16 ans son pays natal pour s’installer en France afin de terminer ses études.

Derrière elle, nous ne réalisons pas systématiquement au parcours qu’elle a construit ni même à ses nombreux engagements qu’elle mène aujourd’hui.

Nous ne réalisons pas immédiatement aux nombreux défis auxquels elle a dû faire face et parfois si jeune.

Avec elle, j’ai appris qu’il a entre autre été difficile de grandir ou de tout simplement vivre en tant que femme métissée, encore plus lorsque nous vivons dans un pays/continent qui a connu à de nombreuses reprises des crises politiques.

C’est à travers elle que j’ai pris conscience de la difficulté de percer dans le milieu de la mode pour des raisons ethniques/discriminatoires/morphologiques

Pour le coup, ce portrait va se dérouler en plusieurs articles. Plusieurs parties dans lesquelles Cindy se dévoilera ouvertement.

Ayika’a étant l’association qu’elle a tout juste crée il y a quelques mois, elle vous fera évidemment un portrait de cette vie associative qui lui tient à cœur.


FEMME, MÉTISSE, EUROPÉENNE, AFRICAINE, FRANÇAISE, IVOIRIENNE, FRANCOPHONE, GLOBE-TROTTEUSE, AMBITIEUSE, SPORTIVE, MANNEQUIN, ENGAGÉE

Je me souviens particulièrement de cette petite anecdote et qui est pour moi le premier acte raciste frontal que j’ai vécu. Nous étions à l’école et une petite fille de 3 ans avait refusé de me donner la main : « Je ne veux pas te donner la main car tu es noire et je ne veux pas que ta peau déteigne dans la mienne ». A 8 ans lorsque tu reçois ça, c’est très violent et traumatisant, surtout venant de la bouche d’un enfant de 3 ans, ça en dit long sur l’éducation donné par les parents.

 

Cindy, qui es-tu ? 

Hello Naïra culture, moi c’est Cindy Babin, d’origine et de nationalité Franco-Ivoirienne. J’ai 24 ans et je suis mannequin professionnelle basée, depuis peu, sur New-York. J’exerce aussi en direct (job sans castings) sur L’Allemagne et Londres. Je suis également en Agence en Afrique du sud où j’ai eu la chance de vivre une expérience professionnelle de 4 mois en 2017 ainsi que sur Paris où j’étais basé jusqu’à Janvier 2018.  Avant de devenir mannequin professionnelle il y a de cela trois ans, j’ai pu en faire en loisir à côté de mes études de communication et de ma passion pour l’athlétisme que je pratiquais en haut niveau (Championnat de France). Le mannequinat n’était donc vraiment pas ma priorité à cette époque, je voulais plutôt exceller dans le sport, j’envisageais même de m’orienter en « sport/ étude » après mon bac, mais Dieu avait d’autres projets pour moi et c’est ainsi qu’aujourd’hui le mannequinat est devenu mon métier à 1000%.

Ou es-tu née, ou as-tu grandi et ou vis-tu ?

J’ai vécu dans plusieurs pays et régions. Le pays dans lequel je suis restée le plus longtemps est la Côte-d’Ivoire, spécialement à Abidjan (environ 13 ans), mais en raison des crises politiques que la Côte-d’Ivoire a connu de 1999 à 2011, ma famille et moi avons été amené  à sortir du pays par moment pour nous réfugier  à l’étranger.  C’est ainsi que j’ai donc vécu tout d’abord en France à Marmande à l’âge de 8 ans, qui est une petite ville du Lot et Garonne (région de mon père mais nous y reviendront) ou encore à Accra au Ghana, pays Anglophone voisin de la Côte-d’Ivoire. J’ai effectué ma classe de CM1 puis 6ème et début 5ème au lycée Français d’Accra, je devais avoir entre 10 et 12 ans. Plus tard après être finalement retournée à Abidjan, à 16 ans, je suis rentrée en France définitivement pour poursuivre mes études en lycée car la filière que je voulais faire n’était pas proposée au Lycée Français d’Abidjan, et cette fois ci j’ai été à Bordeaux en Gironde. Je suis resté 4 ans dans cette ville, avant de monter sur Paris à l’âge de 20 ans pour poursuivre mes études secondaires. Aujourd’hui, 5 ans plus tard je tente l’expérience Américaine.

Je sais qu’il y a quelques années, tu as quitté la Côte-D’ivoire pour continuer tes études à Paris. Comment as-tu vécu cette nouvelle vie ?

Le fait de partir d’Abidjan si jeune a 16 ans et d’être loin de ma famille proche (mère, père, frères et sœurs), n’a pas été évident, mais je n’étais pas non plus dépaysée car je connaissais la France depuis toujours et surtout c’est chez ma grande soeur et son mari que j’habitais, c’était donc assez rassurant.

De plus, malgré que je n’eusse pas vécu longtemps en France, je rentrais à chaque vacance scolaire, durant les mois de Juillet et Août, je connaissais donc globalement Bordeaux, car c’est dans cette ville que nous nous rendions ma famille et moi.Puis, après mon expérience sur Marmande à l’âge de 8 ans, ville où j’ai vécu un an, je savais à quoi m’attendre. Les pays occidentaux sont des sociétés très individualistes, ce qui n’est pas le cas en Afrique, ou nous pouvons débarquer chez les uns, les autres sans prévenir, et j’en passe. Je n’avais que 8 ans et pourtant je me rappelle de cette expérience comme si c’était hier, car arrivée dans une toute petite ville comme Marmande j’ai pris une grosse claque : J’ai découvert pour la première fois le racisme frontal et violent et j’ai expérimentée la sensation d’être une personne « différente » aux yeux des autres. C’est vrai qu’en Côte-d’Ivoire on m’a toujours appeler « la blanche », qui prouve que je suis différente pour eux mais ce n’était pas la même chose,  ce n’était pas méchant comme ce que j’ai pu ressentir en France.  Puis, il y a eu la dure réalité de se retrouver dans un pays où il fait froid.

Je me souviens particulièrement de cette petite anecdote et qui est pour moi le premier acte raciste frontal que j’ai vécu. Nous étions à l’école et une petite fille de 3 ans avait refusé de me donner la main :  » Je ne veux pas te donner la main car tu es noire et je ne veux pas que ta peau déteigne dans la mienne « . A 8 ans lorsque tu reçois ça, c’est très violent et traumatisant, surtout venant de la bouche d’un enfant de 3 ans, ça en dit long sur l’éducation donné par les parents.

Les gens ne comprenaient pas forcément qu’il était possible pour une famille autre que blanche d’avoir une situation financière stable, d’avoir de long cheveux « afro » jusqu’aux fesses lorsque tu es « noire » , ou encore de s’habiller correctement…

L’expérience que j’ai vécu petite m’a donc inconsciemment préparée. L’arrivée en France à l’âge de 16 ans a été assez facile. Je me suis bien intégrée même si j’ai noté l’ignorance hallucinante des gens face à mes origines, mon apparence physique, mon autre pays la Côte-d’Ivoire et les moqueries également face à mon accent Ivoirien que personne ne comprenait lorsque je parlais, car celui-ci était bien présent. Mais ça ne m’a pas empêché d’être épanouie, je trouvais juste ces personnes ignorantes. Puis, j’ai eu la chance de pouvoir retourner en Côte-d’Ivoire chaque petites vacances scolaires, la première année pour revoir ma famille, environ chaque 2 mois. Il y a aussi mon père qui venait régulièrement en France, ce qui a fait que la transition a été douce. En définitif, je ne regrette pas, cette expérience aura été enrichissante humainement.

D’où viens ta passion pour le mannequinat ? Et comment s’est passé ta première expérience ?

En réalité je n’ai jamais été passionnée de mode, beauté ou mannequinat quand j’étais petite. Comme je le disais plus haut, je me voyais vraiment finir dans le sport. J’ai été repéré à l’âge de 18 ans par Vania Laporte, ambassadrice pour L’Oréal sur Bordeaux. Je suis simplement partie me faire coiffer dans l’un de ses salons, quand elle m’a proposé de participer à une campagne de lancement d’une nouvelle gamme de produits cheveux destinée au marché antillais. J’ai accepté la campagne, je me suis bien amusée, mais je n’ai pas décidé de prendre ça au sérieux. Après la sortie de la campagne, j’ai eu pas mal de propositions et j’ai donc décidé d’en faire en loisir à côté de mes études et de l’athlétisme.

Quand as-tu commencé le mannequinat ?

Les choses ont changé pour moi quand je suis montée sur Paris, je continuais toujours les photos en parallèle de mes différentes activités, mais je commençais à me sentir de plus en plus à l’aise face à la caméra et aux photographes, m’encourageant à vraiment me lancer professionnellement dans le milieu. C’est ainsi que j’ai décidé de rechercher des agences en janvier 2014, mais je n’ai finalement trouvé qu’en Avril 2015, ayant fait face à la dure réalité des diktats de la beauté de l’industrie qui prône la minceur extrême.

Quelles ont été les premières difficultés rencontrées ?

Vous pouvez donc imaginer que pour une petite sportive comme moi, mes cuisses, mon corps tonique et apparemment mes hanches ont posé problème. J’ai aussi découvert la dure loi des quotas de femmes non caucasiennes qu’imposent les agences et les clients (surtout en France).

Ça n’a donc pas été facile de trouver une agence avec tous ces freins. À chaque rendez-vous, Ils adoraient mon visage mais dès qu’il fallait prendre les mensurations c’était toujours la même chose : Trop de hanches, trop tonique, trop musclée.  Je trouve cela scandaleux car on devrait évaluer les capacités d’un bon mannequin en s’arrêtant simplement à la capacité de transmettre une émotion, un charisme à travers une pause, un regard et non pas en fonction d’une couleur de peau ou une morphologie.

Quelles sont les points positifs du mannequinat ?

Il y a tout de même des points positifs que je note au métier de mannequin malgré le poids des diktats de beauté expliqué précédemment. Si je prends mon exemple, le mannequinat m’a aidé à m’affirmer et d’être la femme que je suis aujourd’hui, c’est-à-dire une femme accomplit, battante, qui entreprend, sûre d’elle et qui n’a pas peur de vivre ses rêves. J’ai toujours été très réservé plus jeune, et je n’avais aucune confiance en moi. De se retrouver tout à coup « sous le feu des projecteurs » permet de prendre confiance, de s’affirmer et d’exploiter tout notre potentiel et notre personnalité, car au travers d’une photo on passe beaucoup de messages. Le fait d’avoir également été cassée et freinée à plusieurs reprises du fait que je ne correspondais pas au « profil type » pour être mannequin, m’a donné et me donne encore aujourd’hui plus envie de me battre, pour prouver que l’on peut réussir sans forcément répondre au diktat que l’industrie véhicule.

Je dirais donc que ce métier apprend la persévérance, la patience également car il faut savoir que la réussite ne vient pas du jour au lendemain, il va falloir se battre pour réussir. Il aide aussi à se dépasser et à sortir de sa zone de confort. Au-delà de ça, je dirais que ce métier fait découvrir le monde, car nous sommes régulièrement en voyage grâce aux contrats décrochés. Cela permet d’ouvrir les esprits, de découvrir d’autres cultures et donc d’autres façon de penser. Il y a également l’aspect financier qui n’est pas à négliger, car c’est un métier qui paye plutôt bien si ça marche pour vous et qui permet d’avoir un style de vie agréable.

Cependant, je tiens à mettre en garde les filles qu’il faut mettre de côté l’argent que vous percevez et ne surtout pas dépenser tout dans des futilités, car ce métier est imprévisible et très ingrat. Vous pouvez cartonner aujourd’hui, être CELLE que tout le monde s’arrache et demain plus personne ne voudra de vous parce que vous avez vieillit, qu’il y a la nouvelle génération qui arrive ou simplement pour d’autres raisons. Pour assurer sa reconversion, je conseil d’avoir des plan B, d’épargner et d’avoir plusieurs cordes à son arc afin d’éviter une mauvaise chute.

De plus, la routine dans le mannequinat est vraiment imprévisible. Chaque journée, projets-photos ou castings sont différents. Il n’existe pas vraiment de routine stable qui s’installe. C’est souvent un nouveau projet, une nouvelle équipe…

Et moi cela me correspond car je n’aime pas la routine.  J’aime la nouveauté, le changement donc c’est un coté du mannequinat qui est très plaisant pour moi.

Tu es la créatrice de l’Association Ayika’a. Quels sont les fondements de ce projet ?

Comme expliqué précédemment, le monde de la mode et de la beauté est un milieu très stéréotypé, auquel de nombreuses femmes ne peuvent pas accéder alors qu’elles sont très belles et charismatiques. Les femmes les plus discriminées sont les femmes non caucasiennes pour qui la couleur de peau et l’apparence physique sont de réels freins à leurs évolutions professionnelles au sein de ce milieu. J’ai donc eu tout d’abord l’idée de créer un projet photographique que l’on peut retrouver sur le site http://ayikaa.com (Rubrique Galerie). J’avais envie de mettre en avant le constat que j’ai fait lors de mon parcours de mannequin professionnel. « NOUS AVONS ATTEINT NOTRE QUOTAS DE FEMMES NOIRES », voici la phrase à laquelle j’ai souvent été confronté. Une phrase qui selon moi n’a aucun sens. Je suis métisse Européenne et Africaine, des racines dont je suis fière. Je pense que ne pas faire la différence entre « noire » et « métisse » (mulâtre d’un parent blanc et noir), conduit à classer les gens en « communauté », sans apprécier la diversité de ce type.  Rappelons-le, être métis et être 100% noir sont des standards de beauté différents et tout aussi riche en potentiel.

De plus, cette phrase se résume à dire que toutes les femmes non blanches se ressemblent, ce qui est absurde.

Après avoir effectué une veille sur les sites web de plusieurs agences basées en France, j’ai pu découvrir des chiffres alarmants.

En effet les agences comptaient en moyenne 5 femmes noires et métissées pour environ 150/200 femmes dans leur portfolio.

Soit 2% pour représenter la diversité des femmes noires et métissées. Les statistiques sur la diversité de la population Française sont interdites mais celle-ci change, la population est de plus en plus métissée et les annonceurs devraient ouvrir les yeux. Il suffit de regarder un vieux film de l’avant ou juste l’après-guerre et regarder dans la rue, pour se rendre compte de la diversité de la population d’aujourd’hui.

Ce n’est donc pas 5 femmes en agence qui peuvent représenter la diversité des femmes noires et métissées.

J’ai également constaté que le problème restait mondial et qu’ils existaient des quotas au seins des agences même dans des pays aussi diversifiés comme les Etats unis par exemple.

De plus, il faut noter que les femmes métissées  et noires sélectionnées par les agences ont très souvent les mêmes caractéristiques physiques et sont très souvent misent en scène dans des supports publicitaires de manière similaire, sans grande variété et diversité et très souvent stéréotypées.

Voici les raisons qui m’ont poussées à créer le shot one du projet Ayika’a. Ce projet a pour but de démontrer que nous, femmes noires et métissées, ne sommes pas toutes similaires, que nous avons différentes textures de cheveux, par exemple. Certaines femmes noires et métisses préfèrent se lisser les cheveux, d’autres porter des extensions, des tresses ou garder leur texture naturelle. Nous avons également des carnations, des styles vestimentaires et des faciès différents.

Notre objectif est d’encourager ces femmes à faire ce qu’elles ont envie de leur apparence et de faire respecter leurs choix. De plus, selon une enquête, les femmes noires et métissées sont des grandes consommatrices de produits cosmétiques, une statistique qui met en lumière une réelle incompréhension, « Pourquoi les femmes non blanches sont très peu présentées dans les publicités alors qu’elles représentent un potentiel commercial grandissant ? ».

Toutes ces injustices m’ont poussées à constituer une première équipe artistique et communication que vous pouvez retrouver sur le site internet. N’hésitez pas à jeter un coup d’œil sur notre site pour comprendre plus en profondeur notre concept, car au-delà de l’aspect artistique et mode, il y a des forts messages sociétaux que l’on passe au travers nos différentes rubrique et actions, qui ont pour but de poser des mots sur des sujets dit « sensibles » afin de réfléchir ensemble à comment vivre ensemble dans une société meilleure. Le but de l’association ayika’a est d’avoir un réel impact positive pour nous même mais aussi pour la génération future. L’objectif est de faire en sorte que les personnes considérées de « minoritaires »,  n’aient plus à être d’autre personne pour exister dans la société, de les voir représentées à leur juste valeur et non de manière stéréotypée et de prôner l’échange, la tolérance, le respect, le vivre ensemble et surtout l’amour de son prochain car je pense que le manque d’amour affaiblis ce monde.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR OXYBEL ANDIE

RENDEZ-VOUS LA SEMAINE PROCHAINE POUR LA SECONDE PARTIE

Facebook 0 Twitter 0 Mail

OTHER ARTICLES

2 commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *