ALEXANDRA

 

Bonjour, je m’appelle Alexandra, j’ai 22 ans et je suis étudiante en Master Didactique des langues à la Sorbonne nouvelle. Je suis française, je suis née en France et j’ai toujours vécu ici. Je suis d’origine gabonaise par mon père (qui est de l’ethnie punu) et bretonne par ma mère.

Il est aussi possible que j’aie des origines du sud de l’Europe comme l’Espagne et des origines gitanes du côté de ma grand-mère, mais cela remontrait à plusieurs générations. On n’a pas encore eu le temps de se pencher sur la question avec ma famille. Je songe à mener mon enquête !

 

Je te connais grâce au réseau social Instagram, où tu partages tes photos, que je m’empresse de liker à chaque fois ! Depuis quand es-tu modèle ?

Merci, cela me fait chaud au cœur que tu aimes ce que je dégage.

Oui en effet, j’aime beaucoup la photographie, être devant l’objectif. C’est comme si j’étais une autre personne le temps d’une photo. Je me sens aussi femme et affirmée. Cela est récent, cela fait à peu près deux ans. J’ai été lancé par une créatrice que je considère beaucoup, nous avons une relation semblable à une relation familiale. Lorsque je l’ai rencontré, je ne savais pas que je finirais par poser pour elle. Elle m’a fait découvrir le mannequinat et aussi tout l’art qu’un créateur met en œuvre dans ses collections. Cela m’a permis de prendre confiance en moi. Depuis, j’ai fait quelques shootings pour d’autres créateurs, ainsi que d’autres expériences géniales comme des défilés.

Il est tout de même quand même difficile pour moi de rentrer en agence, car à Paris ce n’est pas simple de rentrer en agence de mannequin.

Je sais que tu n’as pas toujours eu confiance en toi, et que cela a pu engendrer, de nombreuses souffrances…

C’est exactement ça ! Lorsque l’on me voit au premier abord, les personnes pensent que je suis une jeune femme qui se la joue, car elle est « métisse ». C’est hyper marrant, parce que j’ai horreur des personnes qui se vantent, par rapport à ça. Je suis quelqu’un de simple, altruiste, l’opposé de l’image que je dégage…

Je pense que cette première image est justifiée. C’est vrai que je renvoie souvent une attitude nonchalante, mais je suis comme ça ! J’ai toujours une tête blasée naturellement et le regard concentré quand je marche ! Puis, avec ma musique dans les oreilles, je me fais des chorégraphies dans mon esprit. Du coup, je ne sais pas quelle expression, il peut y avoir sur ma figure.

Il n’empêche pas que pendant mon adolescence et mon enfance, j’ai dû encaisser une multitude de critiques sur mon physique. Il fallait rester forte face à cela, sinon c’était foutu ! J’ai toujours été une personne à la morphologie fine. Dans ma famille, c’est dans les gênes. Personne, n’a une forte corpulence. On peut énormément manger et ne pas prendre de poids.

Que s’est-il réellement passé lorsque tu étais enfant ? 

Lorsque j’étais enfant, j’ai reçu beaucoup de remarques vis-à-vis de mon physique. Je ne comprenais pas ce qu’il se passait, parce que j’ai toujours accepté mon corps. Chacun est comme il est. Durant mon enfance, ce n’était pas les enfants le problème, mais plutôt les adultes. Les personnes qui sont censées être bienveillantes avec les enfants et les aider à se construire. Ces adultes ont commencé à détruire cette confiance en moi qui n’avait pas encore eu le temps de se développer vu mon jeune âge.

Je me rappelle de cette infirmière scolaire qui disait à ma mère que j’étais « trop » maigre, que je ne suis pas dans la norme comme si j’étais une enfant en malnutrition qu’il fallait diagnostiquer, alors que c’était ma morphologie. Heureusement que mon médecin était là pour me rassurer que j’étais en bonne santé et que c’était ma morphologie, qu’il ne fallait pas s’inquiéter. À huit ans, c’est déjà un coup d’encaisser ça de la part d’une infirmière. Tu comprends très bien ce qu’elle insinue, elle pointe ton physique comme une différence anormale et qu’il faut changer pour être comme les autres enfants qui pèsent plus de kilos que toi.

Il y avait également les mamans de l’école qui me disaient « il faut manger hein ! », « faut se nourrir », « tu n’as pas de réserve ». Cela me rappelle une anecdote qui m’a blessé à l’école primaire. Ma mère avait une association avec une ancienne amie où l’on pouvait faire du théâtre et danser. J’ai toujours adoré danser. Aujourd’hui encore, je danse, je fais même parti d’un groupe de hip-hop qui se nomme « No Blaz ». Cette dame, avait critiqué mon physique, ce qui m’avait mises larmes : «  Ta fille quand elle danse, on dirait un élastique ou un chewing-gum ». Comparer mon corps à ces deux éléments était injurieux et irrespectueux vis-à-vis de moi. Et c’est à partir de l’école primaire, que je ne me sentais pas à l’aise avec mon corps. Je me sentais « trop » maigre, laide… La seule chose que j’aimais était mes cheveux.

Et à l’adolescence ? 

L’adolescence n’a fait qu’entretenir ce manque de confiance en moi. J’ai eu des formes qui ne sont pas venues dès l’âge de 12 ans. Donc, au collège, on me faisait comprendre que je n’étais pas belle. On me disait toujours « ah comment t’es maigre, on dirait un squelette, ah c’est laid ». Entre les garçons obnubilés par les formes des filles à l’adolescence et les filles qui ne sont pas toujours gentilles entre-elles, je peux vous dire que c’était compliqué pour moi. J’avais le droit à des remarques gratuites de personnes avec qui je ne parlais même pas ! C’était des remarques comme : « Alexandra, c’est une maigrichonne. », « De toute manière elle est moche, elle a un vieux corps, il y a que ses cheveux qui sont beaux. », « Ses jambes, on dirait des baguettes », « Elle n’a pas de poitrine, on dirait une planche ».

Ah, l’adolescence ! Une période HORRIBLE !!! Pendant des années je me regardais dans la glace et je me disais que ces personnes avaient raison, que je n’étais pas belle, que je n’avais pas un beau corps, que j’étais laide. Dès que je m’habillais, je ne supportais pas mes jambes car je les trouvais trop fines. J’avais l’impression d’être horrible. Être en maillot de bain pour moi c’était juste un challenge. C’est paradoxal, parce que je n’avais pas les mêmes fixettes que certaines femmes ont de leur corps. J’ai toujours été fine, avec un ventre plat. Cependant, tellement on m’avait rabaissé je n’arrivais pas à me trouver belle. Je ne comprenais pas pourquoi je subissais toutes ces remarques gratuitement et que c’était toléré. Je me rappelle, lorsque j’étais enfant on nous apprenait qu’on ne devait pas se moquer des personnes de fortes corpulences, car c’était méchant, qu’on pouvait les blesser. Mais, moi personne ne me défendait. C’était normal qu’on me dise tu es ceci, tu es cela.

Quelle est l’anecdote la plus difficile que tu aies vécu à cause de ce harcèlement ?

Il y en a eu deux au collège. Je vais commencer par la première qui m’a touché, mais moins que l’autre. Cela s’est passé sur Internet, c’était un camarade de classe qui m’embêtait sur Facebook. Il avait une photo de Tahiti Bob (personnage des Simpson) et m’avait identifié. En gros, il se moquait de moi pour dire que j’étais grande, fine, avec une touffe et des grands pieds. Cela m’a contrarié alors j’ai répondu par la bêtise. J’ai mis une image du vendeur de BD des Simpson et je l’ai identifié dessus. Parce que le personnage est gros et lui aussi était gros. Sauf, qu’il l’a vraiment mal pris et s’est amusé à prendre des images de femmes anorexiques sur le net, il m’a identifié et identifié d’autres personnes de notre collège. Heureusement, que mon grand frère l’avait sur Facebook il avait pu intervenir pour lui remonter les bretelles. J’ai eu moi aussi droit à la morale même si pour moi je manifestais un ras-le-bol et je me défendais.

Le plus difficile, c’était ce groupe de filles avec qui je ne parlais pas. Elles étaient dans une classe supérieure à la mienne. Un jour, je récupérais mes livres dans mon casier, quand elles sont venues vers moi et ont commencé à me demander si je mangeais chez moi… Ensuite, il y a une qui m’a dit que je ressemblais à une anorexique. Puis, elle m’a pris le bras, elle m’a touché comme si j’étais une bête de foire. Sauf, que je l’ai repoussé et je l’ai injurié. Que Dieu me pardonne, je l’ai insulté sur son physique, elle était ronde… Comprenez que j’étais attaquée gratuitement alors je voulais la blesser. Lorsque j’ai eu du répondant, une de ses amies m’a reprise. Je leur ai dit qu’elles étaient débiles parce qu’elles me faisaient exactement ce que je venais de faire, alors que je n’avais rien demandé à personne. Puis, elles sont parties. Après ça, elles ont été raconté que j’étais une « racaille ». Celle en question qui avait provoqué tout ça, je crois qu’elle avait honte, car je l’ai regardé tellement mal pendant des années la pauvre ! 

Ce qui est aussi inquiétant, c’est que beaucoup continuent à croire que lorsque tu ne pèses pas énormément de poids, cela veut dire que tu es forcément malade.

Par exemple en Afrique, il y a des régions ou des ethnies qui se concentrent beaucoup sur cet aspect. Plus tu as du poids et tu es mieux considéré. Par contre plus tu es fine ou mince, et tu es même susceptible d’être considéré comme une personne pauvre ou malade.

Quel est ton avis là-dessus ?

Justement, j’aimerais revenir sur l’anorexie qui est une maladie, et que cela ne fait pas plaisir d’être comparé à quelqu’un qui est diagnostiqué anorexique. Il ne faut pas oublier que c’est une maladie très dure à vivre pour les personnes qui en sont atteintes. Utiliser l’anorexie comme une insulte et à tout-va dès que l’on voit une personne de corpulence fine, c’est aussi manquer de respect à ces personnes qui souffrent et mènent un combat contre cette maladie.

Malheureusement, cette façon, de penser n’a pas changé. Je pense que les mentalités devraient changer. Il n’y a pas de corps « idéal ». Être mince ne veut pas dire avoir des problèmes de santé. C’est lié à un manque d’ouverture d’esprit et de remise en question. De plus, beaucoup d’ethnies en Afrique ont une génétique qui fait qu’elles sont fines. On peut le voir avec certaines ethnies d’Afrique de l’Ouest et de l’est par exemple. En général, ils sont grands et fins. Les mentalités doivent évoluer. Ne pas comprendre que chaque individu a une génétique qui fait qu’il ne prend pas plus de poids qu’une autre est difficile à comprendre, j’ai l’impression.

À l’époque des rois en France, les personnes en bon point étaient synonyme de bonne santé et les personnes maigres étaient considérés comme malingres. En Occident, on pense que tous les mannequins sont malades. Oui, cela existe les mannequins qui doivent perdre du poids pour tel ou tel défilé où qui doivent être le plus maigre possible. Cependant, il y a des mannequins qui sont fins naturellement et qui mangent. Il y a des vérités dans ce milieu, mais il ne faut pas en faire une généralité. Je connais des mannequins en agence qui ne souffre pas de malnutrition et qui mange bien et équilibré. Après, il y a toujours des vices dans ce milieu, j’en suis consciente, mais mannequin ne veut pas dire anorexique ou boulimique. D’ailleurs, ces maladies sont mentionnées par beaucoup de personnes, mais peu de personnes se renseignent sur ces maladies. Je connais des personnes anorexiques ou boulimiques et cela ne se voit pas sur leur physique. Donc, pour répondre à la question, je pense qu’il faut informer les personnes et leur faire prendre conscience qu’ils pensent mal.

Comment es-tu passé au-dessus de cette souffrance ? Enfin, si actuellement, tu vas beaucoup mieux…

Mon entourage m’a beaucoup aidé à passer au-dessus de toutes ces critiques gratuites et malsaines. Les activités comme le théâtre, la danse et le mannequinat m’ont aussi permis de prendre confiance en moi. Dans mon groupe de danse, il n’y a jamais eu de critique ou de remarque sur mon physique. Personne est obsédé par ça, on est tous là pour la danse et ça faisait du bien parce que dans la danse on s’en fiche du physique que tu as puisque tu es là pour partager la même passion.

Quels ont été les rôles de ton entourage durant cette période ? Était-il au courant de ce que tu vivais ?

À l’époque, je cachais tout ça à ma famille parce que j’avais honte, je ne voulais pas passer pour une faible.

Mais j’ai la chance d’avoir un bon entourage qui m’a permis de passer au-dessus de tout ça et de me trouver jolie.Lorsque je craquais, ils me redonnaient confiance en moi et Ils me protégeaient beaucoup.

Mes amies me disaient toujours que j’étais belle, qu’elles voulaient me ressembler, que les gens qui me critiquaient manifestaient de la jalousie. Mes frères et sœurs et mes parents m’ont toujours valorisé. Mes parents m’ont toujours dit que j’étais belle, que j’avais un beau corps, qu’il ne fallait pas écouter. De plus, mon petit copain m’a toujours valorisé et être valorisé par celui qui nous aime ça redonne de la confiance en soi !. 

 

SINON…

Quelles sont tes passions ?

Ma première passion, c’est la danse, la danse hip-hop précisément. J’ai la chance de partager cette passion avec mon groupe le No Blaz. Les membres de mon groupe m’apportent beaucoup. C’est plus qu’un crew, c’est une famille. On se surpasse ensemble, on rigole ensemble, on partage tellement de choses grâce à la danse. Je remercie tellement Dieu de les avoir mis sur ma route.

Quel est ton plat favori ?

Alors, mon plat favori, c’est le poulet rôti de ma mère avec des marrons et ses frites cuisinées maison. Depuis toute petite, j’adore ce plat !

As-tu déjà voyagé ? 

J’ai eu la chance de voyager à plusieurs reprises. J’ai voyagé plusieurs fois en Allemagne avec le collège et au lycée. C’était une bonne expérience, car les Allemands sont ouvert malgré les préjugés que l’on peut avoir sur leur passé historique. J’ai rencontré des personnes extraordinaires, dont ma correspondante Enja avec qui j’ai toujours le contact.

J’ai voyagé une fois en Angleterre dans la ville de Torquay. J’ai voyagé plusieurs fois au Gabon, j’ai surtout visité la capitale et la région de mon père la Ngounié. En France, j’ai voyagé plusieurs fois en Bretagne. Je suis également allée dans le sud (à Montpellier), à Biarritz et à la montagne. Nous avons un beau pays que nous ne pensons pas forcément à visiter. Nous voulons toujours aller loin, alors que la France est magnifique.

Alexandra à l’âge de 14 ans, au Gabon

Enfin, je suis allée à Viennes, mais c’était très rapide. Et enfin, j’ai été en Pologne en 2016 dans le cadre des Journées Mondiales de la jeunesse. C’est un rassemblement chrétien international où nous accueillons le pape. Ce voyage fut un des plus marquants pour moi. Tout d’abord, au niveau de ma foi cela m’a beaucoup apporté. De plus, j’ai découvert un peuple dont j’ignorais la langue et la culture. J’ai également pu me recueillir à Auschwitz, ce fut une journée intense en émotions. Je pense que pour la mémoire collective, beaucoup de personnes devraient y aller, car on réalise l’ampleur des dégâts que lorsque l’on voit de ses propres yeux. Ce voyage, c’était de la joie, de l’amour, de la chaleur, de la découverte, des peines et des fous rires surtout.

Quels sont tes rapports avec tes origines ?

Je suis très attachée à mes origines. Je me considère autant gabonaise que française. Je n’ai pas de préférence. Par exemple, ma mère est d’origine bretonne, je porte quatre bagues bretonnes aux doigts pour me rappeler d’où je viens. J’ai même le drapeau breton dans ma chambre ! Il en est de même pour mes origines gabonaises, je les ai dans la peau comme on dit, j’en suis tellement fière ! Ma fierté pour mes origines est tellement naturelle qu’on le voie tout de suite. Je n’aime pas lorsque l’on me demande si je préfère une partie de moi plus que l’autre, car mes origines font ce que je suis. Choisir serait oublier une partie de moi, une partie de mes parents, une partie de l’Histoire de mes ancêtres.

Quelle est la personne qui t’inspire le plus ?

Cette question est dure, car elle est large et cela dépend du sujet. Mais pour rester dans le sujet, je dirai Solange Knowles la sœur de Beyonce. C’est une femme qui m’a toujours inspiré depuis l’adolescence que ce soit physiquement, sur le plan vestimentaire ou musicalement. Quand on est adolescente, on cherche à se construire alors on cherche une figure qui nous rassemble ou à qui on veut ressembler. Moi c’était Solange et elle m’inspire encore ! La créatrice avec qui je travaille m’appelle Solange, car d’après elle « je me la pète sur les photos » ! Cette femme assume sa beauté naturelle et ses racines, c’est pour cela qu’elle m’inspire.

Enfin, quels conseils peux-tu donner à celles qui sont en manque de confiance en soi. Notamment à celles victimes d’harcèlement lié à la corpulence ?

Si je devais leur donner un conseil, je leur dirais de ne PLUS écouter les personnes qui les attaquent. Nous sommes dans un monde où la diversité est une force et fait la beauté de ce monde. Chaque personne a une richesse qu’elle soit physique ou morale. Il faut faire de nos différences une force. Lorsque l’on montre aux personnes que nous sommes fiers de nos physiques et de nos différences, ils arrêtent de nous attaquer. Avoir confiance en soi, c’est la clé de la réussite. Ne laissez personne vous remettre en question parce que vous avez tel ou tel physique. La beauté est partout, il n’y a pas qu’un seul type de beauté standard. Aimez-vous comme vous êtes et montrez leur que vous vous aimez !

Alexandra est l’une de mes abonnés fidèle. Nous avons pensé que raconter son histoire, liée à l’harcèlement scolaire et au manque de confiance en soi, serait utile. 

J’ai moi-même été longtemps critiqué sur mon physique au collège. Mes yeux où mes fesses (au collège, j’avais des fesses de rêves, parait-il) étaient sujets de railleries, et même d’admiration pour certains !

Au point où je faisais le nécessaire pour ne pas qu’on voit mon derrière, car j’avais l’impression qu’on ne voyait que cela.

Néanmoins, apprenons à avoir confiance en nous, entourons-nous de personnes qui nous acceptent tel que l’on est, et pardonnons aussi à ceux qui nous offense… 

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